Je m'appelle Sarah, j'ai 15 ans. Je suis sportive, souriante et dynamique : je me donne toujours à fond dans mes activités. Un peu perfectionniste, j'aime la compétition. Je suis en quatrième secondaire et c'est les vacances de Pâques. Malheureusement, cette semaine là, je ne me sens pas bien : fatiguée, nauséeuse, mal de ventre. Un genre de gastro, rien de grave. Mais c'est là que tout à commencé.



Mes amies ont vu les effets de mon état récent : j'ai perdu 10 kg en l'espace de deux semaines et elles l'ont remarqués. Je n'ai jamais été en surpoids mais visiblement le fait que je sois plus mince leur plais et je dois bien l'avouer, à moi aussi. Une idée m’est alors apparue, comme une fumée blanche, légère et douce, m'enveloppant petit à petit : je serais mieux si j'étais plus mince. Une idée qui allait germer et devenir invasive dans mon esprit. Inconsciemment, je prends l'habitude de surveiller ce que je mange et mon attention pour le sport s'accentue : j'augmente les séances et je les fais plus intensives. Rien de mal. Je monte sur la balance, une appréhension me gagne mais redescend directement quand je vois que l'aiguille n'est pas remontée. Au contraire, elle a descendu un peu. Alors je continue : je fais du sport et je surveille mon alimentation... J'essaie même de diminuer un peu mes rations. Je monte sur la balance et l'aiguille descend encore. Alors je continue. Je vois ça comme un nouveau challenge, je veux juste perdre un peu. Mon entourage remarque un changement : je me sens plus belle mais mes amis et ma famille commence à se dire que je devrais me stabiliser, faire attention. Mais faire attention à quoi ? Je me sens bien.

Je fais du sport, Je mange moins, Je monte sur la balance. Tout va bien.

Je fais du sport, je mange moins, je monte sur la balance. L’aiguille remonte. Je me crispe. La fumée n'est plus blanche : elle prend une teinte rouge, d’un sang foncé, et elle est lourde, presque aussi compacte qu'un mur.

Je fais du sport, Je mange encore moins, Je monte sur la balance.

Cette nuit, je me suis réveillée. Chez moi, tout le monde dort. Il n'y a pas de bruit. Mais moi, je n'y arrive plus : je me sens suffoquer à cause de cette fumée si opaque, maintenant omni-présente, qui me colle à la peau. On dirait de la suie. Elle me hante. Alors je fais des pompes, des abdos et ce même si je n'en peux plus. Je me sentirai mieux demain.

À table, on me regarde. Ma famille remarque que je ne mange presque plus : je culpabilise en voyant leurs regards insistants et mon assiette qui ne se videra pas. Alors je fais un effort : je mange. Mais leurs regards changent : à présent je les dégoutte, je suis grosse et je mange. Je sais que quelque chose ne va pas, alors je préfère faire semblant : je continue de manger parce que je sais qu'au fond, ils préfèrent ça et parce que je sens aussi que j'en ai terriblement envie, ça fait trop longtemps que je me prive. Mais je ne supporte pas l'idée d'avoir tant dans l'estomac : je vais grossir, ça va se voir, on va me regarder. Alors je m'enferme dans les toilettes, et je fais en sorte que ça ressorte au plus vite, qu'il n'en reste rien. C’est désagréable mais je préfère ça.

Je fais du sport, Je mange, Je rejette, Je monte sur la balance, Je ne dors toujours pas.

On a commencé à faire une thérapie multi-familiale : 4 fois par mois, on se retrouve ensemble, accompagné par un psychologue et on parle. On fait de l’ergothérapie aussi, c’est parler mais via des travaux manuels comme le dessin ou la construction de petits objets. Après, on met en commun avec d’autres familles. Et on parle encore. Ca ne m’aide pas. Ca n’aide personne, en fait.
On me dit que si j’ai décidé de m’imposer ce mode alimentaire, c’est pour attirer l’attention. Et même si je dois avouer que ça me plait de voir ma maman se montrer plus présente pour moi depuis : avant elle était souvent occupée avec ma soeur mais ça n’a rien avoir avec ce que je fais. Je ne lui en veut d’ailleurs pas, ça n’est pas de sa faute. Je n’ai pas le bon poids et je veux atteindre mes objectifs : les médecins ne peuvent pas comprendre. Alors je continue.

Faire du sport, Ne pas manger, Monter sur la balance. Remonter dessus, vérifier. Faire du sport. Vomir. Ne pas savoir dormir.

La matin je prétends ne pas avoir le temps de manger avant d'aller en cours, Le midi, à mes amis, je prétexte avoir pris un trop gros déjeuné, Le soir, à mes parents, je dis avoir trop mangé à midi que pour prendre une assiette complète. Manger devant quelqu'un me rend honteuse, j'ai l'impression d'être dévisagée constamment. Ne pas manger pendant que les autres le font est tout aussi difficile, on me pose des questions. Alors je dis avoir autre chose de prévu sur les temps des repas pour rester au vestiaire, seule. Et je me sens seule. Certains s’éloignent. Mais je continue.

Faire du sport, Ne pas manger, Monter sur la balance. Remonter dessus, vérifier. Vérifier encore. Faire du sport. Vomir. Ne pas savoir dormir.



Je me sens sans énergie par moment. Le sport me prend ce qu'il me reste en tirant dans mes muscles. La tête dans les nuages, le corps dans la suie. Je suis obligée de diminuer les séances. Une de mes professeur le remarque, elle essaie de me parler, de me comprendre. Ce soir, elle a téléphoné à mes parents pour en parler. Je la déteste. Elle ne comprend pas, elle ne comprend rien. Personne ne comprend de toute façon. Ni elle, ni eux, ni les psy. Ils voudraient que j’aille dans un centre hospitalier comme si j’étais malade. Je ne le suis pas. J'ai 18 ans, personne ne peut me forcer à quoi que ce soit, de toute façon. Alors je continue.

Faire du sport, Ne pas manger, Monter sur la balance. Remonter dessus, vérifier. Vérifier encore. Faire du sport. Vomir. Ne plus savoir dormir. Faire du sport, Ne pas manger, Monter sur la balance. Remonter dessus, vérifier. Vérifier encore. Faire du sport. Vomir. Ne plus savoir dormir.



Aujourd'hui, je décide d'aller courir près des champs, comme souvent d'ailleurs, me disant qu'il faut bien. Je cours, un maximum, tant que je peux. Foulée après foulée, je vois la suie me rattraper et me dépasser. Elle me fait des croches-pieds, elle me pousse et moi de trébucher puis de tomber. Ce n'est pas la première fois, je la connais bien maintenant. Mais cette fois, je tombe et je ne me relève pas. Elle me serre la tête, elle m’étouffe : tout devient flou, puis noir. Quand je reprends conscience, je suis trop affaiblie que pour me remettre debout ou appeler de l'aide. Alors je reste allongée et j'attends. Je me dis que je n'en peux plus d’elle : cette saleté, qui me pousse à faire de telles choses, qui me fait me sentir honteuse, qui me force à mentir à mes proches. Mais je n'arrive pas à aller contre, elle est si forte, elle, si profonde.

Quand ma mère me retrouve après mon absence trop prolongée, quand je me retrouve chez moi incapable d'agir, quand je repense à tout ça, je me dis qu'il est temps. Je vois bien dans son regard qu’elle est paniquée, qu’elle tient à moi. Alors je me résous à accepter de l'aide : j'ai trop perdu d'amis à force de m'isoler, à force d'avoir un comportement étrange. J’ai trop perdu. Ma prof avait raison. 3 semaines plus tard, je me retrouve dans un centre d'aide pour personnes avec un trouble du comportement alimentaire. Mon indice de masse corporelle est de 13 mais je continue à perdre alors on me met en réserve. Moi j’appellerai plutôt ça être à l’isolement : je suis encore plus seule, je ne peux sortir de ma chambre, je n'ai pas d'activités à faire, je n'ai pas accès à mon téléphone. J’ai l’impression d’être privée de tout. Le seul moyen pour sortir est de gagner du poids. Alors je bois, beaucoup. Un litre d'eau c'est un kilo. Je bois. Je bois. Je bois. Et je sors en évitant la sonde de justesse.

Chaque semaine, j’ai des séances d’ergothérapie, des entretiens avec un psychologue, un psychiatre et un infirmier, des séances de massages et des séances de sports dès que j’ai eu repris un peu de masse. Là-bas, on ne peut même pas prendre l'escalier pour éviter de nous fatiguer ou de trouver un nouveau moyen de perdre. Certains sont juste trop faibles que pour les monter. Alors pouvoir refaire du sport, c’est beaucoup pour moi. Si mes activités au centre sont réglées précisément, mes repas le sont encore plus. Petit déjeuné : 8h - 8h30. Collation : 10 - 10h30. Repas chaud : 12h - 12h30. Dessert : 12h30 - 12h45. Pause en groupe : 12h45 - 13h15. Goûter : 16h - 16h30. Souper : 19h - 19h30. Dessert : 19h30 - 19h45. Chaque repas est filmé et la pause de groupe existe uniquement pour nous empêcher de retourner dans nos chambres se faire vomir. Nos repas dure donc 30 minutes. 30 minutes pour manger. Alors je coupe en petits morceaux chaque aliment que je vais devoir avaler. 29 minutes… Je coupe. 28 minutes… Je coupe. 27, 26, 25 minutes…

J’ai quand même rencontré des personnes avec qui passer mon temps et se soutenir.
On profite de nos activités pour se faire des cadeaux fait-maison : un dessin, une carte, un pliage. Ca nous fait plaisir, on se sent proche. Quelqu’un pour enfin me comprendre. Et petit à petit, mon IMC remonte. La suie commence à se délier de mes membres, elle se fait moins épaisse et surtout moins lourde. Je me sens moins déprimée et plus énergique et elle de redevenir une fumée : plus calme, plus transparente et volatile. Alors j’ai des visites, notamment de ma prof, que je considère un peu comme une confidente depuis : je ne la déteste plus, au contraire. Puis j’ai droit à des sorties le week-end : je vois ma famille, mes amis, mon copain. On passe de bons moments, ils sont fiers de moi. Je fais des efforts pour que mon comportement soit correct, ils me motivent beaucoup. C’est des moments de vrais bonheur, je me sens euphorique rien qu’à l’idée de les voir. Je suis ici depuis plusieurs mois, mais j’ai décidé de continuer mes études. Les médecins disent que je continue être trop perfectionniste et que je ne veux pas m’accorder le temps de me reconstruire avant de continuer ma vie à l’extérieur. Mais c’est bientôt les examens, alors ils ont acceptés que je sorte de l’établissement pour les passer mais aussi parce que je vais mieux.
 Alors après 7 mois d’hospitalisation, je sors, et je reprends enfin ma vie. Je revois mes proches, je vis et je réussis mes examen. Je garde quand même un suivis avec un psychologue, et j’essaie de continuer l’horaire du domaine.
Je fais de mon mieux, je vais bien.

J’ai 20 ans, je retourne à l’hôpital. Depuis ma sortie il y a quelques mois et malgré mes efforts, il m’arrivait encore d’entrevoir la fumée s’obscurcir quand je croisais mon reflet ou quand je regardais mon assiette. Elle est vite revenue, la suie : sans prévenir, elle a profité d’être moins surveillée pour m’attraper quand j’ai baissé ma garde.

Perdre un peu, pour être mieux : Je fais du sport, Je mange moins, Je monte sur la balance. Ca marche, tout va bien. Perdre encore un peu : Je fais du sport, Je mange moins, Je monte sur la balance, ça marche. Tout ne va bien.



Alors j’y suis retournée, déterminée d’en finir, de la faire disparaître. Leur programme est très stricte, et c’est vrai qu’en dehors il n’est pas toujours facile de le suivre, il est aussi facile de se dire que ce n’est pas grave de ne pas manger le goûter, qu’on le fera plus tard… On ne le fait pas. Et on se dit que perdre 1 kilo, c’est pas grave, c’est pas beaucoup… Mais on perd plus que ça. Je suis retournée en réserve 2 semaines après mon arrivée au centre mais je me suis battue pour ceux qui m’ont soutenus depuis tout ce temps : la réserve c’est l’isolement, et je n’en veux plus. C’est donc après 3 mois cette fois-ci que j’ai pu ressortir pour continuer mon combat auprès d’eux.

Je m'appelle Sarah et j'ai 21 ans. Je suis souriante et dynamique, j'ai des buts de vie et je reprends le sport, ma passion de toujours. Je continue à me battre contre cette fumée, grâce à des médecins mais aussi grâce à ma famille et mes amis, mes piliers. Néanmoins, je sais qu’elle est toujours là parce que j’envie encore l’une de mes amies du centre dont l’état n’est pas stable. Alors parfois, même si je veux continuer à la soutenir, je dois prendre mes distances. Parce que la voir, c’est dur. Parce que parler de mon poids, c’est dur. Je sais que l fumée est toujours là, parce que manger devant quelqu’un n’est pas toujours facile non plus. Parce que me montrer peut s’avérer compliqué. Mais quand je passe une bonne journée, quand je me sens bien, j’arrive presque à oublier mes hantises, comme si ce coup de fraîcheur avait fait disperser la fumée. Je me sens libérée, légère. Alors je chéris ces moments, j’en profite. Ça m'a rapproché énormément de ma mère, qui s’est montrée très présente pour moi : elle est mon courage, ma force, comme une étoile qui brille même quand mon ciel est couvert.

Ne pas en parler, dans le passé, n’a fait que de m’enfoncer dans ma solitude encore plus : c’est vouloir fermer les yeux, s’éloigner des gens que l’on aime, se rendre la vie encore plus dure et compliquée. Au début, si j’étais fière d’avoir perdu 20 kilo rapidement, de me sentir forte face à la nourriture en sachant y résister, de continuer à exceller dans mon sport… quand un enfant vous pointe du doigt parce qu’on est physiquement et mentalement amaigri, on se sent mal. Mais à ce moment-là manger devient une honte, les crises de boulimies encore plus. Et on tombe dans un cercle vicieux : en sortir est très compliqué, comme un toxicomane en manque. Alors aujourd’hui j’accepte d’en parler, c’est pour essayer de me libérer, de m’accepter comme je suis et pour que ce ne soit plus un tabou. Aujourd’hui, en témoignant, j’accepte cette partie de ma vie, j’y fais face et je continue d’avancer pas à pas, chaque jour, pour aller de l’avant. Aujourd’hui, j’en parle aussi parce que le regard des autres est quelque chose d’important dont on ne comprend pas toujours l’impact à première vue, encore plus quand il s’agit de personnes proches de nous. Je pense qu’on devrait tous se montrer à l’écoute des autres : ça peut faire toute la différence.

Je m’appelle Sarah, je suis une battante et je suis belle, je suis bien plus que cette fumée qui continue à me tourmenter et contre laquelle je continue ma lutte.



Petite, près de chez moi, il y avait un puit. Il était simple, peu impressionnant. Je n’y faisais pas vraiment attention, même si je passais souvent devant. Il y faisait toujours très calme. A l'école, en primaire, ça l'était moins : parce que j'étais timide, un peu trop gentille et trop ronde à leurs goûts, sans doute, les autres se sont mis à se moquer de moi, à me considérer comme la petite bête noire à qui ont peu tout faire. Des petites violences qu'on ose pas dire mais qui nous marquent, même des années après. Les enfants peuvent être très méchants entre eux. Et on n’a pas le choix que de se construire, de grandir, sur des bases parfois peu stables. On ne m’a jamais attaqué physiquement, c’est mon moral qui prenait les coups, même si j’essayait de ne pas y prendre attention. Alors quand j'allais près du puit en me promenant, je m'y penchais et j'y jetais mes remords : je les dessine, je les écris, ou je les chuchote. Et je me sens directement plus légère, une fois qu’ils ont disparus au fond du trou.

Plus tard, ma grand-mère n’étant pas bien a dû rentrer à l'hôpital et quelque temps après elle y est décédée. Non pas à cause de sa santé mais à cause d'un problème survenant à cause de l’équipe médicale. Quelque chose que je n'ai jamais pu surmonter, parce que rien ne peut me faire accepter le fait qu'elle soit partie de cette manière, même si l’erreur est humaine. On s'est serrer les coudes avec ma famille, on a essayé de le surmonter chacun à sa manière. On en a reparlé, parfois. Mais je ne l'accepte pas. Ce que je ressens, il m’est presque impossible de l’exprimer. C’est la première fois qu’une telle sensation m’envahissait. Mais je dois vivre avec parce que je n’ai pas le choix. Je l'ai écris et jeté dans mon puit en me disant que d’une certaine manière, c’est comme si je n’avais plus à porter cette tristesse et cette rancoeur. Au fond, dans le noir, je ne peux plus la voir, mais si ça fait toujours un peu partie de moi. Je me sens un peu moins légère.

L’harcèlement scolaire, le décès de ma grand-mère, Les petits échecs et simples désillusions de la vie : Une dispute Une amitié qui se brise. Tout est au fond.



On apprend alors que ma maman souffre du cancer du sein. Alors, je m'empêche de retourner au puis tout un moment pour la soutenir, me montrer présente et essayer de l'aider. Je garde tout ça pour moi, même si j’en parle parfois à mes amis, qui essaient de me soutenir à leur tour. Si c’est ma maman qui est malade, c’est aussi mon combat en un sens. Tous les aprioris qu’elle ressent, je les ai aussi. Mais j’essaie de ne pas trop en dire, pour ne pas l’inquiéter plus, ni ma famille. Donc j’accumule, et je garde ça pour moi. J’irais au puit plus tard. En fin de secondaire tout s'accélère soudainement dans ma vie. Du moins, j’en ai l’impression. J’ai grandis et les responsabilités aussi : une pression s'installe de plus en plus. La pression de devoir faire bien, la pression scolaire, la pression familiale. Je ne serais pas dire d’où elle vient précisément, pourquoi je la ressens autant comparé à d’autres. A l'école ça devient compliqué de tout gérer : beaucoup de travaux à rendre, les examen qui approches et la motivation qui s'éloigne. Plus le temps de souffler. Ces deux choses me pèsent beaucoup mais j’essaie de tenir bon. Puis rien ne me donne vraiment envie de continuer ma vie, comme si la source de mon énergie était une prise électrique débranchée. Je continue à vivre mécaniquement mais rien ne me pousse à la sentir, à la vivre et à en profiter pleinement. Pour autant, je n’ai jamais pensé à mettre fin à tout ça, mettre fin mes jours. Je suis juste tellement fatiguée qu’en faite je n’y pense juste pas. J’agis par habitude, mon corps suit, mon esprit de moins en moins. Je me sens très lourde. Les gens remarques sûrement que je suis devenue morose mais ils ne se posent pas plus de questions que cela : chacun a des bas et des hauts. Ils doivent se dire que moi aussi, ce n’est pas si grave après tout. Et mes proches ne comprennent pas pourquoi je suis dans cet état puisque rien n'est arrivé subitement. Même mes parents n'arrivent pas à comprendre pourquoi je reste bloquée alors que eux ont su avancer face à tout cela. Et par conséquent, ils ne savent pas quoi faire pour m’aider, et je me sens encore plus seule de n’être même comprise pas par ma famille alors que c’est eux qui devraient être les plus présents pour moi.

Tout ce temps que je passe loin du puit, loin de cet endroit ou je peux lâcher prise et exposer ma peine au grand jour, c’est du temps où mon esprit devient noir, où je me sens de plus en plus lourde. A ce moment là, le moindre échec, la moindre déception ou la plus petite peur devient vite énorme et insurmontable. Je ne sais plus comment faire pour ne pas perdre pied, pour me raisonner. Alors finalement, quand je retourne au puit, j'y reste de plus en plus longtemps parce que c'est le seul endroit où je me sens respirer à nouveau. Alors je me penche au dessus de plus en plus, pour m'éloigner du monde un instant, pour ne plus entendre tout le brouhaha autour de moi. Et à force de me pencher, je finis par tomber dedans.

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Partout autour de moi, il fait noir et silencieux. Seules mes pensées y résonnent encore: tout ce que j’ai jeté dedans pendant toutes ces années me retombent dessus d’un coup. Je pensais les avoir fais disparaitre: elles étaient simplement étouffées. Tous ces déceptions, toutes ces émotions et ces malaises me reviennent comme si ça ne m’avait jamais quitté. Et ce silence est encore plus lourd et plus pesant que le bruit de la vie à la surface.

Je ne vais plus en cours, la majorité des élèves ne me comprennent pas et au contraire, en profite pour, à nouveau, me juger d’aller mal sans même en connaitre les causes. Les voir devient trop dur et je perds des amis par la même occasion. Ils ne me comprennent pas. Quelques uns restent présents pour moi, ils essaient de me parler mais je ne sais pas comment exprimer mon état. Quand je veux m’endormir, je n’y arrive pas. Mes pensées prennent tellement de place que je me sens bousculée à tout moment. J’essaie de les faire taire mais plus j’essaie et plus je les entends. Alors j’attends qu’il s’estompent pour trouver quelques heures de sommeil, mais bien souvent je reste là allongée sans rien faire, les yeux ouverts, dans le noir.

Parfois quand je lève la tête, il y a un point de lumière : c’est la sortie. En faisant attention, je peux voir les autres continuer leur vie, sans moi. Sans avoir besoin de moi. J’ai envie de les rejoindre, de rire et s'amuser comme eux. De retrouver leur bruit : un bruit heureux et vivant. Mais quand j'essaie de remonter, je glisse et me retrouve coincée en bas. Mes pensées sont trop présentes et trop lourdes. Elles me tirent indéniablement vers le bas. L’harcèlement scolaire, le décès de ma grand-mère, Les petits échecs et simples désillusions de la vie : Une dispute Une amitié qui se brise. Le cancer de ma mère, La pression scolaire, La démotivation, Le noir, Moi, Tout est au fond.



Et tout d’un coup, on m’envoie de l’aide. On m’offre une possibilité de communiquer enfin mon mal-être avec quelqu’un d’extérieur. Je vois une psychologue avec qui je peux parler ouvertement de tout ce qu’il me passe en tête : un par un, je lui envoie mes dessins, mes écrits et mes chuchotements. Quelqu’un d’extérieur, avec qui je suis sûre de ne pas être jugée. Avec elle, je prend conscience que si je suis encore là, c’est que quelque chose m’y retient. Que tout ça, je dois finalement l’accepter et non le cacher, comme je l’ai fais jusque maintenant. On a cherché des objectifs positifs, des choses qui me tiennent à coeur, qui me permettent de m’alléger et d’être fier de moi. Réussir mon année scolaire malgré mon absence prolongée en faisait partie. Alors je m’accroche aux cours que j’ai toujours aimé, comme le cours d’arts d’expressions où je peux m’évader via les pièces de théâtres et mes dessins. Ca me permet aussi de retisser des liens avec certaines personnes et de retrouver des moments de partage. De m’extérioriser, de m’exprimer. Avoir mon diplôme, c’est aussi me permettre d’accéder à quelque chose de nouveau et de fermer un gros chapitre de ma vie. Commencer ma vraie vie, hors des murs d’une école. C’est me permettre de devenir plus indépendante et de faire des choses que j’aime. Alors je garde mon objectif en tête, et petit a petit j’arrive a remonter du puit, à m’en détacher. J’essaie de me projeter dans l’après, et ça me fait du bien même si ça reste effrayant parfois. Parler m’aide énormément a faire le point tout comme avoir des objectifs concrets me donnent un but à suivre. Alors en juin, je sors du puit définitivement et j’obtiens enfin mon diplôme. Je me sens fière d’avoir réussi après cette année très compliquée et je peux tourner la page. Je me sens enfin plus légère. Assez que pour réussir a continuer mon chemin seule. Démarrer un nouveau chapitre.
 Je rencontre de nouvelles personnes, je prends du temps pour savoir ce que je veux faire dans ma vie future et je commence à travailler. Mon quotidien à changé, tout comme mon esprit. Si un problème se représente maintenant, je n’hésiterai pas à en parler plus directement, quand mon moral ne suit pas. Il ne faut pas toujours tout garder pour soi, même si c’est pour protéger son entourage. Ils sont là pour qu’on se soutienne mutuellement.
Avoir traversé tout ça m’a aussi permise d’être plus à l’écoute des autres mais également de moi-même et de savoir quelles sont mes limites et comment faire pour les repousser.












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